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VOUS ÊTES SÛRE DE VOULOIR LES COUPER ?

vendredi 4 octobre 2013, par Sophie

La tondeuse est politique. Comme le sexe.


 

VOUS ÊTES SÛRE DE VOULOIR LES COUPER ?

Qui n’a pas entendu cette question posée par un coiffeur semi-aveugle ou particulièrement désobligeant ? Qui d’entre nous n’a pas été appelée "monsieur" alors qu’elle avait une longueur de cheveux respectable ? Dans cet essai, Katerina Llanes fait appel à Donna Haraway et Judith Butler pour appréhender le pouvoir symbolique de nos coupes de cheveux et tenter de nous sortir des pièges où veut nous enfermer le libéralisme débridé. DIS magazine a publié l’article et en profite pour vous faire gagner du temps chez votre coiffeuse habituelle. En version téléchargeable gratuitement sur le site ou en commande pour recevoir le poster à 25$ chez soi.

 

 

Extrait de HAIR PIECE [1] :

"Plus que tout autre signifiant du style, la coupe de cheveux est devenue la fenêtre de notre visibilité lesbienne. Plus les cheveux sont courts, plus nous devenons visuellement identifiables en tant que lesbiennes. Ces marqueurs peuvent être utiles au sein de la communauté queer car ils facilitent la drague lesbienne. Par contre, nous devrions nous montrer vigilantes à ne pas les immobiliser tels quels dans le monde en général car ils ne se fondent sur rien et sont politiquement inadéquats - ils réaffirment une binarité du genre basée sur des codes hétéronormatifs tels que butch pour masculine / fem pour féminine. Ces polarités genrées caricaturent les unions hétérosexuelles en faisant l’impasse sur l’existence d’autres genres intermédiaires. Le pire vient du fait que la "fem" se rend invisible par son manque de changement de style - le contexte et lui seul lui permettant d’être reconnue comme lesbienne - alors que la butch est présentée comme le visage du lesbianisme dans le monde entier. Les deux, à leur tour, étant exploitées par les machines à stigmatiser de l’entreprise capitaliste. Butler avance dans son livre Ces Corps qui comptent ; de la matérialité et des limites discursives du sexe [2], que le phénomène drag lui-même ne peut pas toujours être considéré comme étant subversif."

"Bien que de nombreux lecteurs aient compris que Trouble dans le Genre [3] prônait la prolifération des performances de drag en vue de subvertir les normes de genres dominantes, je veux souligner qu’il n’y a pas de relation nécessaire entre le drag et la subversion, et que le drag peut tout à fait être utilisé à la fois comme acte de dénaturalisation et de ré-idéalisation d’une norme de genre hétérosexuelle exacerbée."

"A la lumière des pièges dangereux qui existent au cœur de ce qui constitue la non/visibilité lesbienne, je souhaiterais plaider pour le retour à un genre liminaire, une queeritude infiltrée entre les failles de l’identité polarisée et qui use du potentiel infini du réseau queer cyborg. Avec le développement d’internet, nos corps existent maintenant à l’extérieur d’un domaine physique - et se compose plutôt d’images composites : un oiseau sur une balançoire, une blouse écossaise, un lycée à Taïwan. Nous sommes à la fois matérialisés et dématérialisés, et c’est précisément cette ambiguïté qui nous permettra de continuer à avancer - en changeant et en glissant - dans notre futur actuel."

The W4W Buzz : Marco Roso and Lauren Boyle
Photographe : Marco Roso
Essai : Katerina Llanes
Merci à tous ceux qui ont participé.

Le même extrait en V.O :

"More than any other stylistic signifier, hair has become our window into lesbian visibility. The shorter the hair, the more visibly identifiable one becomes as a lesbian. While these assumptions can prove useful within queer communities as shorthand for lesbian cruising, we should be careful not to ground them in the world at large as they are often ill-founded and politically misaligned—re-asserting a gendered binary based on heteronormative codes, butch for masculine / femme for feminine. These gendered polarities often mimic heterosexual partnerships dismissing the existence of any gender in-between. Worse yet is the way in which the “femme” is rendered invisible by her lack of stylistic transition—context being her only mark as a lesbian—while the butch is propped up as the face of lesbianism worldwide. Both, in turn, exploited by the branding machines of late capitalist enterprise. Even drag, Butler argues in her follow-up book, Bodies That Matter : On the Discursive Limits of Sex, cannot always be deemed subversive. “Although many readers understood Gender Trouble to be arguing for the proliferation of drag performances as a way of subverting dominant gender norms, I want to underscore that there is no necessary relation between drag and subversion, and that drag may well be used in the service of both denaturalization and reidealization of hyperbolic heterosexual gender norms.”

In light of the dangerous pitfalls within what constitutes lesbian in/visibility, I would like to make a plea for the return to liminal gender, a queerness that falls through the cracks of polar identity and makes use of the limitless potentials of a cyber queer network. With the spread of the internet, our bodies exist now outside of a physical domain—comprised, instead, of composite images : a bird in a swing, plaid overalls, a gymnasium in Taiwan. We are both materialized and de-materialized, and it is precisely this ambiguity that will allow us to continue moving forward—shifting and gliding—into our present future".

The W4W Buzz Marco Roso and Lauren Boyle

Photography Marco Roso

Essay Katerina Llanes

Special thanks to everyone who participated.


L’intégralité de l’article sur l’excellent site américain > DIS Magazine

Butler en vidéo > foleffet

Butler "Humains, inhumains, le travail critique des normes" > foleffet

Emilie Jouvet nous expliquait ici ce qu’est une "fem" > foleffet

Une action à laquelle participe Katerina Llanes

Osez le féminisme n°10 comporte un texte de Katerina Llanes


"La féminité n’a jamais été une question de longueur de cheveux" disait Sylvie Joly dans un des ses sketches.

L'avis FFF:

2 années séparent la mise en ligne de cet article et maintenant. Étonnant non ?

*Happy Birthday Folefffet !*

Notes

[1] Approximativement traduit par mes soins

[2] traduit par Charlotte Nordmann (Bodies that Matter. On the Discursive Limits of ’Sex’), Paris, Éditions Amsterdam, 2009 (ISBN 9782354800413)

[3] Trouble dans le genre. Pour un féminisme de la subversion, préface d’Eric Fassin, traduction de Cynthia Kraus, La Découverte, Paris, 2005, (ISBN 2707150185).

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