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CARSON, TENNESSEE et les autres ...

lundi 15 septembre 2008, par Sophie


Court extrait de "Avec mon meilleur souvenir" de FRANCOISE SAGAN. Paru chez Folio.

"Tennessee Williams préférait dans son lit la compagnie des hommes à celle des femmes. Le mari de Carson s’était suicidé peu avant, la laissant hémiplégique. Franco aimait les hommes et les femmes mais il préférait Tennessee. Et il aimait aussi, mais tendrement, Carson, malade, fatiguée, épuisée. Toute la poésie du monde, tous les soleils se révélaient incapables de réveiller ses yeux bleus, ses paupières lourdes et son corps efflanqué. Elle avait simplement gardé son rire, ce rire d’enfant à jamais perdue. Je vis ces deux hommes que l’on nommait alors avec une sorte de pudeur méprisante "pédérastes" qu’on nomme maintenant "gay people" (comme s’ils pouvaient être gais d’une manière ou d’une autre, d’être méprisés pour ce que l’on aime par le premier crétin venu). Je vis ces deux hommes, donc, s’occuper de cette femme, la coucher, la lever, l’habiller, la distraire, la réchauffer, l’aimer, bref, lui donner tout ce que l’amitié, la compréhension, l’attention peuvent donner à quelqu’un qui est trop sensible, qui en a trop vu et qui en a trop extrait, qui en a trop écrit peut-être même pour le supporter, le subir encore un peu plus.

Carson devait mourir dix ans plus tard et Franco peu après. Quant à Tennessee, qui était alors l’auteur le plus haï peut-être par les puritains, mais le plus applaudi par le public et la critique, l’auteur d’Un Tramway nommé Désir, La Chatte sur un toit brûlant, La Nuit de l’Iguane, etc.,quant à Tennessee, il est mort il y a six mois d’une manière misérable dans un imeuble de Greenwich qu’il laissait ouvert à tous vents. Je n’ai jamais su personnellement, ni de quoi , ni pourquoi, cet homme qui aimait rire et qui riait si fort et parfois si tendrement était mort ; sinon peut-être de la mort de Carson, puis celle de Franco puis de celle d’autres, tant d’autres que j’ignorais. Mais cet homme était bon. Il avait en lui comme Sartre, comme Giacometti, comme quelques autres hommes que j’ai connus trop peu, il avait en lui une parfaite incapacité à nuire, à frapper, à être dur. Il était bon et viril. Et qu’importait qu’il fût bon et viril de préférence avec de jeunes garçons la nuit, du moment qu’il l’était avec toute l’espèce humaine le jour."


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