ROULE !

mardi 17 avril 2012, par Sophie

Danser en mouvement, une idée qui fait son chemin.


Pour certaines nostalgiques, quand vient le temps de la gay-pride, vient l"envie de danser sur un char, ou au pire, derrière. Profiter de sa musique préférée en plein air, écouter à plein tubes et à l’air libre les morceaux découverts dans l’espace confiné des boites de nuit, danser dans la rue semble la quintessence de la libération estivale. Surtout, diffuser, montrer, exhiber à tous les passants et spectateurs lambda les sons et attitudes de la culture LGBT semble être une des missions du défilé depuis de nombreuses années.

 

Crédit Photo : S.Leroy

 

On se souvient de l’époque bénie où Act-Up finançait un char haut-parleur, érigé sur l’armature d’un camion de 35T, arborant un slogan coup de poing -"Silence = mort"-, suivi par une armée de drapeaux roses et de panneaux noirs qui reprenaient les slogans de l’association. Pas de limite en décibels pour ce char-tank, vaisseau sombre et inquiétant qui rappelait à tous, pendant le temps interminable qu’il mettait à passer, que des milliers de personnes étaient présentement en train de mourir du SIDA. Le vacarme assourdissant de ses enceintes, la musique pumpy qui s’en échappait n’était là qu’en contrepoint du silence indécent des élites face à cette épidémie ravageuse.

 

Eau de Paris à la marche 2011

 

Dans ces années 90, on était déjà loin des premières marches de fierté homosexuelle, plus proches de la manifestation politique. Mais que penser des défilés de ces dernières années ? Quel gay, lesbienne, trans, ou bi se retrouve dans l’enchainement de partis politiques, associations, grandes marques, bars et boites, syndicats, CE... qui défilent les uns derrière les autres sur plus d’un kilomètre ? Qui sait encore quel mot d’ordre est supposé être véhiculé par cette action ?

 

 

Pourtant, chaque année, on ne peut s’empêcher d’y aller, d’y trainer, de remonter ou descendre l’ensemble de la marche pour essayer de voir qui est là, qui devrait y être, qui manque et qui ne devrait pas y être. On est pris malgré soi par l’ambiance festive et joyeuse. On est étonné du regard souriant des spectateurs et on se prend à rêver à un monde bienveillant à l’égard de nos différences. On se dit qu’il est possible. On oublie pendant quelques heures qu’on vit dans un pays où tous nos droits sont loin d’être respectés et qu’il y a encore beaucoup de combats à mener. La "marche des fiertés" pour oublier ? Un espace de liberté de quelques heures pour une année de chape de plomb ? Est-ce là tout ce que cette action représente ?

 

 

Être visible, là est l’action principale de la marche. Être là, marcher, défiler c’est prouver qu’on existe, qu’on se reconnait dans une des lettres formant l’acronyme LGBTQ - et plus si affinités. Et comme Act-up jadis, il faut être le plus visible possible. C’est le pari que se fixent chaque année des associations. C’est celui que s’est fixé Gouine Comme un Camion en 2012. C’est aussi celui qu’il est possible de réaliser quand on le veut, même tous les week-ends, sans attendre la "gay-pride".

 

 

Pourquoi en effet ne pas reprendre nos droits sur la rue, ou Reclaim the streets, comme le font certaines associations aux Etats-Unis, Australie, Angleterre et récemment en France ? Là où ces associations prônent la ré-appropriation de l’espace public par les femmes en organisant des marches nocturnes, on peut imaginer des actions successives et répétées dans l’espace public par des véhicules visibles et bruyants : des discobus ! Pourquoi attendre le samedi de juin pour danser en roulant quand on peut le faire toute l’année ? Pourquoi s’enfermer dans des boites de nuit alors qu’on peut profiter des rues et routes de France ?

 

 

Moyennant 20 à 30€/personne, on peut affréter un bus spécial pour une vingtaine et jusqu’à 75 de ses copines, pour des virées nocturnes ou pas, 365 jours par an ! Deux compagnies parisiennes, busdiscotheque et soireebus et une strasbourgeoise proposent des formules tout compris avec DJ, alcool, toilettes et lumières disco.
Oui la marche des fiertés est importante, parce qu’elle est devenue une institution, parce qu’elle représente encore le seul moment où les LGBTQ peuvent exprimer leurs différences et revendiquer quelques droits et parce qu’elle constitue une démonstration de force. Mais ne serait-il pas sage - et plaisant - que d’autres initiatives voient le jour ?