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REGARDE-MOI DANS LES YEUX...

mercredi 8 août 2012, par Sophie

...je te dirai si tu me veux. C’est en substance ce qu’ont re-découvert des scientifiques américains. Malheureusement, les conséquences qu’ils en tirent pourraient être catastrophiques.


Une étude scientifique américaine vient de démontrer que l’attirance sexuelle se voyait dans les yeux ; dans la pupille plus exactement.
Le journal web Live Science relate l’expérience qui a porté sur 165 hommes et 160 femmes, gay, lesbiennes et bi. Ces courageux volontaires ont regardé des vidéos montrant une femme se masturbant, un homme se masturbant et un paysage bucolique, de une minute chacune. Les modifications de la taille de la pupille des cobayes étaient enregistrées par une caméra. Les cobayes étaient aussi interrogés sur leur sensation d’excitation après le visionnage des vidéos.

 

 

L’expérience prouve que l’augmentation de la taille de la pupille est un bon indicateur de l’excitation sexuelle d’une personne. Pas besoin de méthodes intrusives utilisées précédemment, à base de calculateur de la taille du pénis ou de sonde calculant l’augmentation du flux sanguin dans les parois du vagin (!), il suffit de surveiller attentivement les pupilles du cobaye pour avoir la réponse à la question "qui l’excite ?"

 

 

Ainsi, un homme hétérosexuel a les pupilles qui se dilatent devant la vidéo d’une femme qui se masturbe, alors qu’un homme gay a les pupilles qui se dilatent devant la vidéo d’un homme qui se masturbe. Les bisexuels répondent aux images des deux sexes. Les femmes lesbiennes répondent aux mêmes images que les hommes hétérosexuels.
Jusque là "tout va bien". Tout le monde réagit comme il devrait réagir.
C’était sans compter sans les femmes hétérosexuelles qui viennent perturber les résultats. Celles-ci ne répondent pas comme on voudrait qu’elles répondent : eurs pupilles se dilatent autant devant une vidéo porno avec un homme que devant une vidéo porno avec une femme, même si elles disent préférer les hommes.

 

 

C’est à ce moment-là qu’on commence à douter du sérieux de cette expérience. Mais suite à ces résultats surprenants, les scientifiques n’ont pas remis en question le postulat de base de l’expérience, ou même son protocole, ils ont sauté à des conclusions inquiétantes.
- Conclusion théorique n°1 : toutes les femmes qui se disent hétérosexuelles ne sont pas secrètement bisexuelles, comme pourrait le laisser supposer les résultats du test de la pupille. "C’est que le taux d’excitation qu’elles avouent ne correspond pas obligatoirement au taux d’excitation de leur corps". [1]
- Conclusion théorique n°2 : Si les femmes sont excitées autant par les vidéos avec des hommes qu’avec des femmes, "c’est que dans l’histoire de l’humanité, les femmes ont couru si souvent le risque d’être violées, qu’elles se sont adaptées physiologiquement pour répondre sexuellement à tous les stimuli sexuels, aussi repoussants qu’ils puissent être." [2]
On a tout de suite envie de spammer le journaliste de Live Science et les scientifiques responsables de l’expérience pour leur rappeler qu’aux dernières nouvelles, les femmes ont toujours été violées par des hommes et extrêmement rarement par des femmes. Si tel est le cas, pourquoi leur corps réagit-il à des images de femmes se masturbant ? Et si la logique ne fonctionne pas avec les femmes hétérosexuelles, pourquoi fonctionnerait-elle avec les autres groupes test ?
- Conclusion théorique n°3 : nonobstant les réserves précédentes, les scientifiques concluent que "la dilatation des pupilles indique clairement l’orientation sexuelle des participants".

 

 

On pourrait se rassurer un peu en se disant que cette expérience ne trouvera nulle part une application mais le journaliste de Live Science envisage des applications immédiates telles que "conduire des expériences internationales inter-culturelles" ou "aider les personnes qui ne sont pas certaines de leur orientation sexuelle". On imagine déjà les psychiatres de tous pays proposer des tests à leurs patients pour enfin savoir si oui ou non ils sont du bord qu’il "faut".

 

 

En lisant l’article original, rédigé par les scientifiques ayant conduit l’expérience, on constate qu’ils ne remettent jamais en question la pertinence du test visuel. Ils constatent que les réponses aux stimuli visuels sont plus clairs et importants chez les hommes que chez les femmes mais en déduisent que ce sont là des manifestations de différences existantes dans la construction de l’orientation sexuelle chez l’un ou l’autre sexe.
Ils ne donnent aucune indication sur les origines sociales, géographiques, culturelles des cobayes. Ils ne font pas la différence entre la réalité d’une excitation crée par un vrai contact visuel et les fantasmes générés par la vue d’un film de fiction, aussi réaliste soit-il. Ainsi, si je suis une "bonne lesbienne", je dois être excitée à la vue d’un porno lesbien. Mais si je suis excitée par la vue d’un porno gay, suis-je une hétéro qui s’ignore ?
Le texte de l’étude est si imprégnée de concepts patriarcaux classiques que c’en est révoltant mais il faut s’attendre à ce que les théories exprimées soient prises pour des faits scientifiques avérés. Il est temps d’apprendre à dompter ses pupilles grâce à quelques exercices oculaires réguliers !

 

Notes

[1] "This doesn’t mean that all straight women are secretly bisexual, Savin-Williams warned, just that their subjective arousal doesn’t necessarily match their body’s arousal."(source Live Science)

[2] "One theory is that because women have been at risk of being raped throughout history, they evolved to respond with lubrication to any sexual stimulus, no matter how unappealing. This idea holds that women who did so were less likely to experience trauma or infection after sexual assault, making it more likely that they would survive to pass on their genes."(source Live Science)

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